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Marguerite MonnotAuteur

Biographie

1937 : l'exposition universelle du palais de Chaillot vient d'éteindre ses feux, mais la fête se poursuit a paris sur les scènes de music hall. A l'abc, sur les grands boulevards, un théâtre dont Mitty Goldin n'a pas choisi le nom par hasard, la vedette du spectacle s'appelle Marie Dubas.


Débordante d'énergie et de vitalité, elle est alors au sommet de sa gloire. Grâce a des chansons fantaisistes, elle a été surnommée "La maréchale de la joie". Elle excelle aussi dans le tragique et le démontre grâce a cette chanson intitulée "Mon légionnaire", dont la musique est de Marguerite Monnot.


Dans la salle, ce soir là, il y a Raymond Asso, l'auteur de paroles qu'il a troussées au temps ou il faisait partie de l'armée d'Afrique. Il rend ainsi hommage a une légion étrangère également évoquée au cinéma deux ans plus tôt dans bandera, un film de Julien Duvivier. A cote de Raymond Asso , il y a sa fiancée du moment, une jeune femme qui se trouve à un tournant de sa carrière. Elle a acquis une certaine notoriété, mais pas encore une notoriété certaine sous le nom de "la môme Piaf". A l'époque, les têtes d'affiche du music hall s'appellent Marie Dubas, bien sur, mais aussi Lucienne Boyer, devenue une star en France, mais aussi aux Etats Unis, avec "Parlez-moi d'amour", Damia, dont les paroles sont tragiques et qui porte, en scène, une robe noire assortie dont Piaf s'inspirera aussi, et Lys Gauty, la reine de la romance populaire. Ce soir elle s'apprête ce soir-là, à devenir Edith Piaf.


Elle est une instinctive et elle comprend aussitôt qu'elle doit chanter "Mon légionnaire" pour passer au stade supérieur. Cette chanson lui permet aussi de comprendre, également instinctivement, qu'elle tient en Marguerite Monnot, le compositeur idéal. Edith va revenir quatorze soirs de suite à L'abc et faire, grâce à Raymond asso, la connaissance de Marguerite Monnot. Très vite, elles décident de travailler ensemble. Le duo Piaf-Monnot va être le premier couple féminin dans l'histoire de la chanson.


En vingt cinq ans de complicité, elles vont créer une centaine de chansons dont beaucoup vont devenir très célèbres. Vingt cinq également d'amitié entre Marguerite et Piaf qui appelle "guite", le surnom que tout le monde lui donne depuis l'enfance. Elles sont très différentes, donc complémentaires. En réalité, un an plus tôt , Piaf a déjà entendu parler de Marguerite Monnot. Marguerite avait alors compose sur des paroles de Robert Malleron, une mélodie destinée a une certaine Annette Lajon. Piaf l'avait entendu par hasard lors d'une répétition, l'avait aussitôt apprise par cœur et elle l'avait créée le soir même au Gerny's, un club des Champs Elysées où elle se produisait alors. Elle était ainsi devenue, au nez et à la barbe des créateurs, la première interprète d'une chanson qui allait obtenir un grand Prix du disque, mais par Annette Lajon. Cette chanson s'intitulait "L'étranger".


Marguerite Monnot est née le 28 mai 1903 a Decize, dans la Nièvre. Sa mère est institutrice et son père, Gabriel ,donne des cours de piano et compose des musiques religieuses. Il est également titulaire de l'orgue de l'église de son village. Il est aveugle depuis l'age de trois ans. Cela ne manquera pas de toucher Edith qui a peu près au même age, a failli perdre la vue.


La légende affirme qu'a deux ans, Marguerite Monnot se débrouille fort bien sur le clavier du piano familial. La preuve, un jour, par une fenêtre de la maison, elle entend le limonaire d'un chanteur ambulant et reproduit aussitôt, de sa seule main gauche, les notes sur le clavier. A l'age de trois ans et demi seulement, elle accompagne une chanteuse sur une berceuse de mozart.


A huit ans, le jeune prodige donne un concert prive a paris, où elle joue Mozart, Liszt et Chopin. Elle va en donner beaucoup d'autres jusqu'à l'age de 15 ans. La légende prétend que Camille Saint Saens aurait affirmé, à son propos, "je viens d'entendre la meilleure pianiste qui existe, la future grande de demain". A 16 ans, après avoir refuse de faire partie des musiciennes officielles de la cour d'Espagne, elle entre au conservatoire de paris. Alfred Cortot, le fondateur de l'école normale de musique lui donne des conseils et Nadia Boulanger la repère et décide qu'il faut absolument qu'elle se présente au Prix de rome. Elle lui apprend, en même temps, les bases de la composition. Son destin est alors tout trace. Elle possède toutes les qualités pour obtenir un prix de rome. Elle donne même quelques concerts et se trouve engagée pour une soirée aux Etats Unis. Elle souffre d'un trac maladif et ne s'y rend finalement pas. C'est alors qu'elle commence à écouter la TSF, au temps où Radiolo officie en maître. Séduite par le jazz et par des mélodies alors célèbres comme "Mon homme", "Nuit de chine" ou "Elle s'etait fait couper les cheveux", elle se prend de passion pour la musique de variétés et commence à composer des mélodies, sans songer à les faire interpréter, sur des poèmes de Paul Fort, Verlaine et Baudelaire.


A la demande d'un ami de son père qui met en scène, pour le cinéma "La fortune", une comédie dont le scénario est de Tristan Bernard, elle compose sa première valse. Elle s'attèle a quelques autres valses, mais , il faut être honnête, ça ne marche pas très fort. Elle songe a abandonner cette voie quand Piaf entre dans sa vie. Entre Raymond Asso, Edith Piaf et Marguerite Monnot, ca va se passer très simplement : Asso écrit des paroles, Piaf en choisit certaines et en élimine d'autres et Marguerite , qui travaille très vite compose aussitôt la mélodie. Un soir, un musicien classique, prix de Rome, lui propose un départ en quelques notes. Elle se met au piano et compose presque instantanément, "La goualante du pauvre jean" dont René Rouzaud, un journaliste reconverti dans la chanson, comme quelques autres, va ensuite écrire les paroles. "La goualante" est la première chanson française a avoir été numéro un en Angleterre et aux Etats Unis, interprétée par Edith Piaf.


Dean martin va également l'enregistrer, sous le titre "Le pauvre peuple de paris". Ca se passera un peu plus tard, à la fin des années 50 quand après avoir abandonné son complice Jerry Lewis, Dean Martin débutera une carrière de crooner. 400 000 disques seront vendus aux Etats Unis, ce qui est considérable pour l'époque. A noter, à la suite d'une faute dans la traduction : "jean" est ainsi devenu "jean" dans la version "Dean Martin". Cette chanson est aussi à l'origine d'une première dans l'histoire de la télévision : l'une des émissions vedettes du petit écran est alors "La joie de vivre", animée en direct par Henri Spade et Jacqueline Joubert , depuis le théâtre de l'Alhambra, à Paris. Le soir de l'émission dont l'invitée vedette est Marguerite Monnot, Edith Piaf intervient à l'antenne depuis Chicago et chante par téléphone "La goualante du pauvre jean".


A cette époque, Piaf est une star aux Etats Unis. Elle l'est devenue à la veille des années cinquante, grâce en partie aux mélodies de Marguerite Monnot. Car, pour Piaf, tout avait très mal commence. Au "Play house", un cabaret proche de Broadway où elle fait ses premiers pas sur une scène américaine, ça ne marchait pas fort pour elle. Les américains, habitués aux mélodies faciles et au jazz, n'ont pas adhéré tout de suite à son style, en dépit d'une traduction simultanée en anglais des paroles de ses chansons. Et puis, un matin, Virgil Thompson, l'un des plus célèbres et des plus durs critiques de New York vante la voix d'Edith et la force des mélodies de Marguerite. Il écrit dans son journal : "si on laisse repartir Piaf sur un échec immérité, le public américain aura fait preuve de son incompétence et de sa stupidité". Le vent tourne aussitôt et on se presse pour aller applaudir Edith.


Elle se retrouve a l'affiche du "Versailles", un grand cabaret de Broadway. Elle est engagée pour sept jours, elle va rester 21 semaines. Entre-temps, depuis leur rencontre, les deux femmes ne se sont guère quitté. Elles ont écrit des chansons pour Piaf , mais aussi pour beaucoup d'autres artistes, à commencer par Damia. Et toujours selon la même méthode. Elles travaillent tous les après-midi, chez Marguerite ou chez Edith, de 15 heures a 19 heures et, puis, peu après 20 heures, Edith téléphone à Marguerite et lui dit, "ca ne marche pas, il faut qu'on recommence" . Et les deux femmes se retrouvent, tard dans la nuit afin de peaufiner couplets et musiques. Plus fort encore, quand Edith trouve une idée, elle téléphone aussitôt à Marguerite pour lui demander de passer chez elle. Qu'il soit quatre heures de l'après-midi ou quatre heures du matin, Marguerite s'exécute aussitôt , et elle débarque chez Piaf. Et elle ne repart presque jamais sans avoir terminé la chanson. Marguerite va signer également, pour Piaf, des mélodies écrites par les nombreux paroliers auxquels Edith fait appel. Parmi eux, il y a des hommes, dont certains sont dans la vie d'Edith, mais il y a aussi des femmes. C'est le cas de Michelle Senlis et Claude Delecluze qui jusqu'à leur rencontre avec Piaf et Marguerite Monnot écrivaient pour des interprètes marginaux. Monnot et Piaf vont leur porter chance.


Elles vont ensuite signer d'innombrables succès pour Jean Ferrat, Léo Ferré et quelques autres. Pour Piaf, elles ont signé entre autres, "Les amants d'un jour". L'opérette au début des années cinquante d'un coté, il y a la " grosse Artillerie " avec le duo Luis Mariano et Francis Lopez dont le premier succès "La belle de Cadix" est encore sur toutes les lèvres. Il y a aussi les grands spectacles du Chatelet , alors dirigé par Maurice Lehman, comme "Rêves de valse" ou "L'auberge du cheval blanc" les non moins somptueuses Productions de Mogador, comme "Violettes impériales", musique de Vincent Scotto, signées et mises en scène par le maître des lieux, Henri Varna. Le public est si nombreux que certains music hall en mal de comédies nouvelles ou d'artistes en vogue, choisissent de programmer des comédies musicales.


Depuis le milieu des années 20, la comédie musicale à la française existe vraiment grâce à Albert Willemetz, Maurice Yvain, Yves Mirande et quelques autres c'est ainsi qu'Edith Piaf fait une fois de plus appel à Marguerite Monnot pour composer la musique de "La petite Lily", dont le livret est de Marcel Achard. Edith y joue une petite ouvrière qui chante toute la journée et à pour soupirant un portier de nuit prénommé Mario, interprété par Robert Lamoureux, qui parallèlement vient de créer son célèbre "Papa maman la bonne et moi". Renvoyée de l'atelier de couture parce qu'elle chante pendant son travail, elle se trouve compromise dans le meurtre d'un souteneur et tombe sous le charme d'un truand, Spencer, qui la quitte. Elle tente de s'empoisonner mais, le pharmacien a heureusement remplacé l'arsenic par une simple liqueur. Certains pensent que Piaf prend un risque, mais ce spectacle, mis en scène par Raymond Rouleau va connaître un certain succès.


Marguerite Monnot a signé des mélodies qui vont elles aussi être des succès. Parmi elles, "Demain il fera jour" et "Si si si", un duo avec Eddie Constantine. Dans cette comédie musicale, Piaf impose Eddie Constantine qui l'a abordée dans un bar pour lui demander de lire une version anglaise de "Hymne à l'amour" dont il est l'auteur. Elle lui donne rendez-vous le lendemain chez elle. Piaf n'est pas séduite par la traduction mais par l'homme avec qui elle va vivre une courte aventure avant qu'il ne retourne vers femme et enfant.


La comédie musicale, Marguerite Monnot y revient avec la complicité d'un chauffeur de taxi, devenu un brillant journaliste du "Canard enchaîné", Alexandre Breffort. Comme Marguerite, il est originaire de la Nièvre. Marguerite a beaucoup hésité avant d'écrire les musiques d'Irma la douce, dont le livret est inspiré d'une courte pièce de Breffort "Les harengs terribles" jouée par Michel Roux et Guy Pierraud dans un cabaret de l'avenue de l'Opéra, proche de l'opéra comique, la tête de l'art. Dans la version originale, Michel Roux joue le rôle de Nestor le fripé. Le rôle d'Irma a été proposé à Juliette Gréco et à Colette Deréal. Colette Renard obtient le rôle et va jouer Irma 962 fois d'abord au théâtre Gramont puis a l'athénée. L'homme qui a découvert Colette Renard et l'a imposé pour Irma la douce, en dépit des réticences du metteur en scène, René Dupuy, s'appelle Paul Péri. Né à Tunis de parents corse, chanteur et comédien, il possède une voix puissante et fait alors partie des espoirs du music hall et du grand écran. On le surnomme même à ses débuts, "le Piaf au masculin". Il a ainsi remporté, en 1949, le grand prix de la chanson de Deauville, avec "Ma rue et moi", musique de Marguerite Monnot, paroles de Henri Contet.


Défendant dans ses chansons, les mal aimés, ceux qui n'ont pas de chance, il va ensuite se produire dans de nombreux cabarets et music hall et interpréter des musiques de Marguerite Monnot, mais pas seulement. Elle va en effet commencer à composer pour lui, neuf ans seulement après leur rencontre. Il va également jouer le rôle de "Mackie, le gangster", dans "l'Opéra de Quatre sous" de Kurt Weil, au théâtre de l'empire, à Paris. Il a également été à l'affiche d'un film de Raoul André, "Les pépées font la loi" dont la musique est naturellement signée Marguerite Monnot. Paul Peri, c'est aussi l'homme de la vie de Marguerite Monnot. Ils vont longtemps vivre ensemble maritalement et puis, le 11 juillet 1950, en passant devant la mairie du 16ème arrondissement, ils vont décider de se marier officiellement. En quelques instants, l'affaire est réglée. Paul Peri parvient à éviter la publication des bans, propose quelques billets a des gens qui passent dans la rue pour jouer le rôle des témoins et le couple n'a plus qu'a prononcer le oui traditionnel et a signer les registres.


Pour Marguerite, comme pour Piaf, les hommes ont beaucoup compté. A en croire certains témoins, elles ont partagé certaines liaisons masculines. Marguerite a eu une vie sentimentale particulièrement agitée. Pour toutes les deux, l'amour etait indispensable à leur création, à leur inspiration. Marguerite Monnot a également composé des chansons pour des hommes chers au coeur d'Edith Piaf, à commencer par Yves Montand. Piaf va aider Montand à trouver son style. Elle le fait engager en 1945, dans ses spectacles au théâtre de l'Etoile, puis au casino Montparnasse et enfin, elle l'impose au générique d'"Etoile sans lumière", un film dont elle est la vedette féminine. Les chansons du film sont naturellement signées Marguerite Monnot, qui a été le témoin privilégié de cette romance.


Marguerite va ensuite composer ce qui va devenir l'un des premiers succès de Montand, "Ma gosse, ma p'tite môme". Les paroles de "Ma gosse, ma p'tite môme" sont signées Henri Contet. Avant de devenir un auteur extrêmement prolifique, il a été journaliste a "Cinémonde" . Il a sauve Piaf, qui, pendant la guerre, etait a la rue. Il a réussi a lui trouver une chambre au premier étage de la maison close de Mme Billy. Il est ensuite entré dans la vie de Piaf, il en est ressorti, mais il a continué a travailler avec elle et surtout avec Marguerite Monnot. Il devient ainsi l'un des témoins privilégiés de celle qu'il a surnommé la "Femme fée" parce qu'elle lui semble bien étrangère aux basses contingences de notre monde.


Il est vrai que Marguerite Monnot a, dans son comportement, un coté lunaire, elle est a mi-chemin entre E.T. et Mary Poppins. Allergique aux contingences de la vie quotidienne, elle ne connaissait pas le prix d'une baguette de pain ou d'un ticket de métro. Tous ceux qui l'ont côtoyé un jour ou l'autre sont ainsi d'accord sur ce point. Elle est terriblement distraite et cela lui a valu parfois certaines mésaventures : - elle peut ainsi vous donner rendez vous en bas de chez elle et l'oublier parce qu'entre-temps, elle a reçu un long coup de téléphone, - elle est capable de se rendre chez Piaf à vélo et de repartir en taxi, en oubliant l'existence de son vélo . Il lui arrive aussi, très fréquemment de venir dîner la veille ou le lendemain du jour ou elle a été conviée - elle peut aussi , sans problème, monte à l'arrière d'une moto à l'arrêt, en croyant qu'il s'agit de celle de son mari, ce qui n'est absolument pas le cas.


Imaginez la tête du propriétaire de la moto lorsqu'il retrouve son véhicule avec une dame qui ne le regarde absolument pas, parce qu'elle est en train de se repoudrer, - elle peut également s'asseoir sans problème dans la limousine d'un diplomate qu'elle a confondu avec un taxi enfin, elle est aussi capable de remercier le serveur d'un restaurant en lui disant "merci chéri" parce qu'elle l'a confondu avec son mari, - on l'a vue , un jour, coincée avec son parapluie ouvert dans la porte à tambour d'un grand magasin, - elle peut vous inviter à dîner, mettre une dorade au four, vous faire patienter en se mettant au piano et oublier sa dorade. " Elle n'habite pas la terre " disait Piaf à son propos. Elle loge ailleurs, dans un monde plein de bleu, de choses propres et belles "autrement dit, pour elle, c'est toujours l'été : y'a pas de printemps ".


Plus fort que la distraction de Marguerite Monnot, il y a sa timidité, son manque d'assurance. Quand elle a une mélodie en tête, elle retarde le plus possible le moment où elle allait la faire entendre a Piaf. Quand elle se met au piano, elle commence par s'excuser d'être là, et quand on lui demande de créer une mélodie, elle dit d'une toute petite voix , "je vais voir ce que je peux faire. Je ne sais pas si je vais trouver une musique". Cela ne l'empêche pas de faire naître quelques heures , voire quelques minutes plus tard, une mélodie digne de faire le tour du monde. Pour créer, elle se sert des ambiances qui l'entourent. Elle les vit et les reproduit sur les touches du piano. Sa distraction n'a d'égale que son manque de goût pour les honneurs.


Au cours de sa vie, elle n'a accepté qu'un seul hommage celui des légionnaires qui l'ont reçue, en compagnie de Raymond Asso. Pour avoir composé et écrit "Mon légionnaire", mais aussi "Le fanion de la légion", que Piaf a créé avant Marie Dubas, puisque cette dernière avait crée "Mon légionnaire" avant elle, elle a été officiellement reçu à Sidi Bel Abbes par de hauts gradés de la légion étrangère . Devant une troupe au garde à vous, Asso et Monnot se sont vus remettre la bagatelle de 31 médailles. De plus, si elle a pour elle la richesse du cœur, son compte en banque n'est jamais des plus fournis. On peut même dire que jusqu'au succès dans le monde entier de "Irma la douce", elle a été franchement pauvre. Elle n'est en effet absolument pas capable de discuter d'un contrat ni même de déclarer correctement une mélodie à la Sacem.


Quand elle passe devant la porte d'un éditeur de musique ou une ou plusieurs de ses chansons sont déposées, elle monte pour voir s'il n'y a pas un petit quelque chose pour elle et repart avec des sommes modestes qu'elle ne contrôle pas. Ses proches lui affirment souvent qu'elle devrait confier ses affaires a un professionnel, mais elle n'en a que faire. Les problèmes matériels, ce n'est pas son truc. La preuve la plus flagrante de son désintéressement, c'est une anecdote qui remonte a 1947. Elle compose un jour un début de mélodie sur des paroles de Piaf, destinées a une jeune interprète inconnue, Marianne Michel. Elle travaille avec un musicien, Louiguy et ,une fois la partition terminée, Marguerite décide de ne pas signer cette chanson. Elle n'y croit pas et dit à Piaf, "je n'en ai pas envie et puis, c'est une ineptie, ça ne marchera jamais". Marianne Michel, puis Piaf et ensuite beaucoup d'autres vont enregistrer cette chanson.


Ces couplets s'intitulent "La vie en rose". Marguerite Monnot n'a pas vu la vie en noir pour autant. Elle s'est consolée de ce manque de jugement en composant d'autres succès, moins importants, certes, mais qui ont néanmoins connus leur heure de gloire, comme "C'est à Hambourg", paroles de Michèle Senlis et Claude Delecluze. En dehors de la centaine de chansons qu'elle a composé pour Edith Piaf, Marguerite Monnot a travaillé avec d'autres auteurs. Parfois le succès a été au rendez vous, parfois ca n'a pas marché. C'est le cas de "Ma rengaine", dont les paroles sont de Boris Vian et de "C'etait écrit" de René de Obaldia. Auteur dramatique débutant, le futur académicien espérait beaucoup de sa collaboration avec Marguerite, mais le succès n'a pas été à la hauteur de ses espérances. Et puis, Marguerite Monnot, a aidé des jeunes, à commencer par Claude Nougaro.


Arrivé à Paris au début des années cinquante, il vit alors chez ses parents, avenue des Ternes, place quelques chansons par ci par là et arrondit ses fins de mois en se produisant "au lapin agile", le plus ancien des cabarets de Montmartre. Un jour, il envoie par la poste, à l'adresse de Marguerite, boulevard Raspail, deux textes qu'il a écrit "Méphisto" et "Le sentier de la guerre". Sans trop croire à une réponse, il laisse néanmoins son numéro de téléphone, "Etoile 43 07". Trois jours plus tard, le téléphone sonne , il décroche et, à sa grande surprise, c'est Marguerite qui est au bout du fil. Elle lui explique qu'elle a bien reçu ses textes qu'ils l'ont inspirée et que ses musiques sont prêtes . Le lendemain, se demandant s'il ne rêve pas, Claude Nougaro se rend boulevard Raspail. Marguerite Monnot l'attend pour lui jouer les mélodies espérées. Seul regret de Nougaro : il espérait que Piaf chante "Méphisto", elle a finalement été créée par Paul Peri.


Et puis, il y a Georges Moustaki. Né à Alexandrie, il arrive a paris en 1951, a vivoté, comme Nougaro , en chantant dans les cabarets. Grâce à Henri Crolla, guitariste de Montand et compositeur de chansons de Prévert, il fait la connaissance d'Edith Piaf. Il se retrouve un soir chez elle, boulevard Lannes , et va vivre à ses cotés, pendant près d'un an. Elle va l'aider a trouver son style et à rectifier les imperfections de ses paroles et musiques. De temps à autre, Piaf lance des idées à Moustaki, en lui demandant de les transformer éventuellement en chansons. Un jour, elle lui suggère d'écrire des paroles sur le thème suivant : une histoire d'amour à Londres, un dimanche quand la ville est sinistre. Moustaki se met au travail. Pour assurer la rime, il trouve le titre "Milord" et termine les couplets sur une nappe de restaurant. Piaf change quelques mots, puis téléphone à Marguerite Monnot, qui se trouve alors en cure à Spa, en Belgique. Elle lui envoie les paroles et quelques jours plus tard, Marguerite Monnot arrive avec deux mélodies, de peur que l'une soit refusée. Dès l'écoute de la première, Edith est convaincue. Et quand Marguerite propose timidement de jouer au piano, sa seconde proposition, Piaf réplique aussitôt, "pas la peine , c'est bon". De toute évidence, une fois de plus, Edith avait vu juste.


En 1959, la roue tourne brutalement. Michel Vaucaire organise un rendez vous chez Piaf, avec Charles Dumont. Ce dernier a composé une mélodie sur laquelle Vaucaire a mis des paroles. La chanson s'intitule "Non je ne regrette rien". Du jour au lendemain, Piaf ne jure plus que par Charles Dumont. A tel point que lorsqu'elle se produit a l'Olympia, en 1960, elle retire de son programme onze chansons composées par Marguerite Monnot. Bien entendu, Marguerite est très affectée par ce bannissement que rien ne justifie vraiment. Bien sur, en dépit de vingt cinq ans d'amitié et de complicité, les deux femmes se sont régulièrement affrontées. Piaf n'a pas un caractère facile. Certains affirment qu'en remplaçant Monnot par Dumont, Piaf a voulu faire payer à Marguerite le fait d'avoir connu un immense succès avec une autre femme, Colette Renard dans "Irma la douce". Certains murmurent également qu'il y aurait eu un différent entre Piaf et Marguerite à propos de Paul Peri qui avait chanté un soir en première partie de Piaf et avait obtenu plus de succès qu'elle. Qu'importe la raison, le mal est fait et il est bien fait. C


ette brouille tombe en effet pour Marguerite au plus mauvais moment. Elle traverse en effet une grave crise d'identité. Elle a peur de vieillir et de ne plus être l'éternelle femme enfant à l'esprit toujours ouvert vers l'avenir. De cela, elle ne parle a personne. Elle est en effet très secrète, d'une timidité presque maladive. Elle craint ainsi de se rendre dans des réceptions où ses obligations l'appellent mais ou elle ne connaît personne. Une voyante lui prédit qu'elle va mourir sur une table d'opération. Marguerite avoue a cette époque a quelques intimes "j'ai peur de disparaître dix ans avant l'heure".


Refusant de soigner une banale crise d'appendicite, elle se retrouve dans une maison de santé du boulevard Arago où elle est soignée grâce a des antibiotiques . Elle part se reposer à la campagne où elle est brusquement victime d'une autre crise. Paul Peri l'emmène d'urgence à Paris, a l'hôpital, mais elle tombe dans le coma pendant le voyage, victime d'une péritonite aiguë. Opérée a chaud, elle ne va jamais se réveiller. "elle est morte par distraction" dira affectueusement Georges Moustaki. Et c'est, hélas, bien vrai. Elle devait soigner depuis longtemps ses problèmes d'appendicite, mais oubliait régulièrement de prendre rendez-vous chez un médecin pour subir des examens.


Elle disparaît ainsi a l'age de 58 ans, le 11 octobre 1961, soient deux ans jour pour jour avant Piaf. Edith, effondrée par la nouvelle, et épuisée par la maladie, ne peut se rendre à ses obsèques. Certains ne manqueront pas de le lui reprocher. A propos de son amie de vingt cinq ans, elle dira : "les anges, je les vois comme Marguerite. C'est ma meilleure amie et la femme que j'aime le plus au monde. Son talent m'a aide à devenir Piaf". Mais qui se cachait derrière le masque de Marguerite Monnot ? Qui etait vraiment la femme que ceux qui ont travaillé avec elle reconnaissent comme le plus grand compositeur de son époque ? Quand elle venait chez Piaf, boulevard Lannes et qu'elle croisait des habitués comme Charles Aznavour, Jacques Pills ou Félix Marten, elle ne disait rien, elle écoutait, elle semblait prise dans ses rêves, sur un petit nuage. Morte de trac a l'idée de faire entendre a des artistes, et surtout à Piaf, ce qu'elle venait de composer, elle retardait le plus tard possible le moment de présenter ses musiques. Elle avait du génie, ses proches l'affirment tous, mais elle etait apparemment la dernière à le reconnaître. Je dis bien apparemment.


En effet, il lui arrivait d'entendre une mélodie et de lancer "c'est bien, ça. C'est de qui ?", "mais c'est de vous Marguerite, répliquait l'interlocuteur qui est en face d'elle". Et Marguerite disait alors, du tac au tac, sans doute au second degré, "alors, c'est normal que ce soit bien". Marguerite Monnot a mis sa culture classique, au service de la chanson populaire . Elle aurait pu être un grand compositeur classique, mais le destin lui a permis de transformer des chansons de variétés en classiques du genre. Un jour, à ses débuts, à l'époque où elle se posait encore des questions sur son chemin a suivre, Raymond Asso lui a dit : "la chanson n'est pas une petite chose, elle doit être noble, respectable et respectée par ceux qui en usent". En 1948, à New York, la route de Piaf , vedette du cabaret "le Versailles", croise celle de Marcel Cerdan, alors presque au sommet de sa gloire. Il est venu applaudir Edith dont il est un inconditionnel. Elle l'admire aussi, elle le lui a avoué lors de leur première rencontre au club des cinq à Paris. Le 21 septembre 1948, au Roosevelt stadium de New York, Edith est au premier rang quand Marcel bat Tony Zale par KO technique au onzième round. Le lendemain, au Versailles, devant une salle debout, elle dédie son récital à Marcel. Un peu plus d'un an plus tard, le 20 octobre 1949, après avoir disputé un match à Troyes, Marcel Cerdan prend l'avion afin de rejoindre Edith le plus vite possible de l'autre côté de l'atlantique. Pour des raisons demeurées inconnues, l'avion s'écrase au cœur de l'archipel des Açores. Apprenant la nouvelle, surmontant son immense chagrin, Edith, sur la scène du Versailles, chante ce soir-là pour lui, rien que pour lui, des couplets qu'elle a signés avec Marguerite Monnot. Elle les dédie à l'homme qu'elle n'oubliera jamais. Des couplets dont Charles Aznavour, alors débutant et proche d'Edith, a trouvé le titre qui depuis, ont fait le tour du monde : "L'hymne a l'amour". Texte de Jacques Pessis, tire de la conférence concert sur Marguerite Monnot : Irma, Piaf, Montand et les autres.